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La Forêt-des-Pins est comptée parmi les plus grandes réserves forestières de la Caraïbe. Depuis 1986, elle se dégrade à cause de la coupe effrénée et anarchique des arbres. Une situation qui entraîne la réduction de sa surface à 25% selon un rapport de l’ISHI paru en 1998.
Déclarée aire réservée en 1936, l’Etat haïtien peine à protéger ce qui reste des 32 000 hectares boisés de la Forêt-des- pins. Située à 1 894 m d’altitude dans la péninsule du Sud, dans le prolongement du parc national La Visite, elle est à cheval entre les communes de Fonds-Verrettes, Croix-des-Bouquets, Belle-Anse et Thiotte. Elle couvre la partie orientale du massif de la Selle, au Sud de Malpasse et près de la frontière haïtiano-dominicaine. La Forêt-des-pins possède les montagnes les plus élevées des Caraïbes, parsemées de denses forêts de pins pour la plupart, de chutes et de pics abrupts, de cavernes de calcaire encore inexplorées et des prés couverts de fleurs sauvages, propices à de douces et alléchantes excursions avec les chaleurs torrides de l’été, malheureusement non exploitées. Il n’y a pas longtemps qu’un touriste étranger a déclaré, après une visite guidée dans la forêt: « Dieu a créé un paradis en Haïti », se rappelle Andréus Pierre, habitant de Calimette, 3e section communale de Belle-Anse.
La forêt est considérée comme l’un des parcs les plus riches de la Caraïbe en termes de biodiversité. Elle jouit d’une exceptionnelle richesse biologique et une grande diversité en écosystèmes, le neuvième suivant une classification de Holderidge (Holderidge, 1972). On y dénombrait, en 1987, plus de 5 000 espèces végétales, dont 35% sont endémiques; et 220 espèces d’oiseau. Aujourd’hui encore, la forêt garde une forte concentration d’espèces végétales (plus de 300 espèces végétales, avec un nombre élevé d’endémiques), constituées notamment de pini occidentalis, de 30 espèces d’orchidée, de cactus, de bois-de-chêne, de mapou, de taverno, d’avocatier marron, ainsi qu’un grand nombre de plantes adaptées à la sécheresse estivale, qui côtoient également des espèces présentes sur le reste du territoire, selon l’étude de l’équipe du programme d’Appui technique à la protection des parcs et des forêts (ATPPF).
Pas moins d’une centaine d’espèces animales (insectes compris) - avec un nombre important d’espèces reconnues d’intérêt régional- sont répertoriées dans la forêt. Elle possède également une riche faune aviaire qui augmente considérablement à l’arrivée d’oiseaux migrateurs en provenance d’Amérique du Nord, les espèces les plus connues sont : le tacco d’Hispaniola (tako), la tourterelle, le solitaire siffleur (zwazo mizisyen), le corbeau (kaw), le ramier, l’épervier brun (malfini mouche), la buse à queue rousse (malfini ke wouj), l’amazone d’Hispaniola (jako), le tangara d’Haïti (kònichon), le serpentier, le trogon damoiseau (kanson rouj), le pigeon (ramye miyèt), l’émeraude d’Hispaniola (wanga-nègès mòn), l’effraie d’Hispaniola (Frize), le martinet sombre (zwazo lapli), le chevêche des terriers (koukou). En été, les populations d’oiseaux venant du Nord, de l’Ouest du pays s’ajoutent aux effectifs des sédentaires. Ils profitent de la ressource alimentaire généreuse et de températures plus clémentes de la forêt.
Une forêt habitée
Une bonne partie de la forêt est aujourd’hui habitée. Quelque 2000 familles y sont recensées. De quoi accélérer la dégradation de la forêt. Les autorités communales assistent impuissantes à cet état de fait. « La forêt est de plus en plus habitée», a déploré Désilus Normilus, ASEC de Tilora, une habitation de la 5e section Bailet à Belle-Anse, qui vraisemblablement ne dispose pas assez d’autorité pour accomplir certaines tâches. La délocalisation de cette population ne semble pas encore envisagée par l’Etat haïtien.
Les ressources forestières constituent la principale source de revenu des familles ayant six enfants en moyenne. « Il n’y a pas de travail, la terre ne peut plus produire, se plaint Alexis Damius, un agriculteur, père de 12 enfants, habitant la forêt depuis plus de 20 ans. Pour ne pas crever de faim, on est obligé de couper les pins ou de les écorcher pour en extraire le bois-gras. » Cette pratique, selon les constats des membres de Solidarité des journalistes haïtiens pour la protection de l’environnement (SOJOHPE), n’est pas sans conséquence sur la forêt.
La pratique consistant à extraire du bois-gras à la forêt est l’une des multiples causes de dégradation de la forêt. C’est l’arbre qui cache la forêt. Des « grandons » y font encore leur beurre dans la coupe. Après la chute des Duvalier en 1986, cette activité désordonnée est reprise de plus belle, ceci malgré la loi de 1987 interdisant l’exploitation de la forêt. « La coupe des arbres dans la forêt est incontrôlée, n’importe qui peut venir couper les pins », critique Marcel Dérilus, un technicien forestier de la zone.
En 1997, le Ministère de l’Agriculture a instauré le programme ATPPF dans le but de réaménager la forêt. Aussi a-t-elle été délimitée en deux unités (I et II). Néanmoins, l’unité II résiste encore aux assauts des machettes assassines. Elle conserve plus ou moins son éblouissante nature. Son inaccessibilité aux véhicules contrairement à l’unité I en est pour quelque chose.
Le programme PVB, quelle perspective?
Depuis 2003, l’organisation Helvestas-Haïti, une filliale de Helvetas-Suisse, travaille dans l’unité II de la forêt, dans le cadre du Programme de préservation et de valorisation de la Biodiversité (PVB). La communauté est partie prenante dudit programme réalisé avec le Ministère de l’Agriculture et qui a pour objectif principal de tester la faisabilité d’une bonne gestion de la forêt. L’un des volets du programme consiste à fournir des connaissances techniques et des moyens matériels et financiers aux habitants en vue d’augmenter la production agricole de la région.
D’après Elie Desmarattes, technicien forestier du Ministère de l’Agriculture attaché au projet, le programme Helvetas-Haïti touche les cultures céréalières et maraîchères, notamment le thym, la pomme de terre, le (chou chou peyi), la carotte, le mirliton, le poireau, le persil, l’artichaut. « On a voulu doter les habitants d’autres formes de revenus autres que le bois-gras, explique-t-il. Actuellement, la culture du thym revêt une importance capitale dans la forêt. »
Un autre volet du programme consiste à contrecarrer l’érosion dans les zones environnantes de la forêt. Depuis 2007, Helvetas-Haïti entreprend des activités pré et post-cycloniques permettant aux citoyens de la zone de survivre après les intempéries. « Nous avons installé environ 3 000 seuils (structures métalliques) dans des ravines pour retenir les terres que charrient les eaux, afin que les habitants puissent planter dessus », relate Rubens Paul Elie, consultant de Helvetas-Haïti. «Avec ce programme, la politique de reboisement de la forêt a pris de l’ampleur. Nous participons non seulement au programme de reforestation, mais aussi Helvetas nous accompagne dans la transition », déclare Daniel Délicieux, secrétaire général de l’Organisation des Planteurs de Mare-Rouge (OPM). Ajoutant : «Nous récoltons les sauvageons de la forêt, afin de couvrir les clairières, en compensation aux activités génératrices de revenus préconisées par le PVB. Nous réussissons près de 80% de sauvageons plantés dans le cadre du programme de reforestation depuis 2005. »
L’étendue de la Forêt-des-Pins et l’importance de sa pluviométrie en font une zone stratégique pour l’approvisionnement en eau de la capitale au nord et l’irrigation des plaines côtières de l’Ouest et du Sud-Est. Pourtant les habitants de la forêt ont tout le mal du monde à s’alimenter en eau potable. « Nous avons construit 22 captages d’eau à cette fin », dit l’agronome Bob Dorvil travaillant pour Helvetas-Haïti. L’agronome Dorvil estime que cette partie de la forêt, grâce au projet, conserve la beauté solitaire de la montagne. Outre ses vieilles maisons couvertes de chaume, les rochers qui montent à pic sont de toute beauté quelle que soit la saison.
Les gouvernements haïtien et dominicain s’engagent à trouver des solutions communes à la problématique des lacs Azuei et Enriquillo. Une déclaration commune, dite « Déclaration de Barahona », portant sur ces deux lacs, a été signée le vendredi 7 août 2009 par les ministres de l’Environnement des deux pays.
La déclaration porte le nom de la ville où elle a été paraphée par le ministre de l’Environnement haïtien, Jean-Marie Claude Germain, et son homologue dominicain, Jaime David Fernandez Mirabal. « La détérioration physique des régions adjacentes des lacs Azuei et Enriquillo, la dégradation des écosystèmes et les effets dévastateurs des inondations sur l’habitat, l’agriculture et l’environnement en général » sont les principaux problèmes auxquels les gouvernements haïtien et dominicain entendent s’attaquer en urgence.
Les actions envisagées dans le document, dont la signature a précédé des discussions entre les experts des deux pays à Port-au-Prince, doivent permettre de trouver des solutions durables aux problèmes identifiés. « Une gestion durable des ressources naturelles de la région, la promotion des mesures d’adaptation et de mitigation et l’établissement d’un plan d’actions conjoint pour la gestion des risques et désastres » sont quelques-unes des mesures envisagées.
Deux patrimoines écologiques à valoriser
Le lac Enriquillo, situé dans le sud-ouest de la République dominicaine, et le lac Azuei, situé dans le sud-est d’Haïti, constituent les plus grands plans d’eau de la région de la Caraïbe insulaire. Situés entre deux chaînes de montagne, La Selle-Bahoruco et Trou d’Eau-Neiba, ils font partie de deux bassins versants séparés par un ancien canal marin qui divise l’île en deux parties.
Les deux lacs, d’après Exil Lucienna, responsable des écosystèmes littoraux et aquatiques au ministère de l’Environnement d’Haïti, sont riches en végétaux. « Les algues, les graminées, les mousses, ajoutées à une végétation propre à la région, comme des bégonias et des orchidées », en sont quelques-uns. On y retrouve aussi, du point de vue faunique, des iguanes, des anolis à queue et une faune fossilisée indiquant la profondeur et la température des eaux dans la région.
Les lacs Azuei et Enriquillo contiennent aussi, selon les experts, des caïmans (chrocodilus, estimés à près de 500 en 1984, au lac Azuei). A l’instar des autres zones humides de la Caraïbe, ces deux lacs reçoivent à différentes périodes de l’année des oiseaux aquatiques migrateurs, comme des flamants roses, des pélicans et des canards.
Une situation qui interpelle les deux pays
En dépit de toutes ces richesses, la ligne frontalière mesurant plus de 375 Km est caractérisée par la pauvreté et une faible présence de l’Etat. « En majeure partie, il s’agit de zones de grande pauvreté (des deux côtés de la frontière), souvent avec beaucoup de ressources naturelles », explique Arnoux Séverin, directeur du Programme de l’Environnement transfrontalier (PET).
En amont, dans la partie du morne la Selle, une présence humaine très dense est observée. La densité est de 150 hab./km2 alors qu’elle n’aurait pas dû dépasser 75 hab./km2. Dans la partie sud de la frontière, les gens vivent généralement du commerce, de l’agriculture et de la pêche. Ceci entraîne une diminution de l’espace occupé par les forêts sèches, en autres, les bayahondes et le gayac.
Valoriser les lacs Azuei et Enriquillo en s’attaquant aux multiples problèmes identifiés reste l’objectif avoué des gouvernements haïtien et dominicain en signant la Déclaration de Barahona. Ils sollicitent, dans cette lutte, la coopération des agences internationales, comme le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE).
Encadré 1:
Les engagements pris par les gouvernements haïtien et dominicain à travers la Déclaration de Barahona:
1. poursuivre le travail de recherche au niveau des bassins versants alimentant les lacs Azuei et Enriquillo;
2. exécuter un vaste plan de reforestation binationale avec des espèces natives et endémiques dans ces bassins versants afin de faciliter l’infiltration efficace des eaux de pluie, de diminuer le taux de ruissellement et de freiner l’érosion;
3. gérer globalement les plans d’eau à travers des programmes sectoriels incluant des dispositifs de gestion et de suivi à court, moyen et long terme afin d’éviter les bouleversements notoires de ces milieux lacustres ;
4. constituer une banque de données fiables, rendant compte durant une période d’au moins 10 ans des fluctuations des divers paramètres physico-chimiques nécessaires au suivi de ces deux écosystèmes lacustres;
5. financer des programmes dans le cadre de plans d’action ou de projets au bénéfice des populations riveraines des deux lacs;
6. mettre en place une campagne d’intervention dans la région des lacs, soit une action conjointe, menée sous la conduite des autorités de l’eau des deux parties de l’île ;
7. réaliser des projets de développement agricole, de pêche et d’écotourisme, en vue de générer de nouvelles sources de revenus pour les populations riveraines ;
8. intervenir de façon urgente intersectorielle et interinstitutionnelle afin de faire face à la crise et à l’insécurité alimentaire, aux problèmes de santé et de rechercher des alternatives et des moyens de subsistance pour la région;
9. rétablir les infrastructures indispensables à la régulation, au contrôle des crues et envisager des mesures de mitigation;
10. fermer impérativement les carrières de sable dans les régions de Fonds-Parisien et de Fonds-Bayard et assainir la zone de Malpasse et de Jimani ;
11. contrôler et réguler le mode de construction dans la région ;
12. entreprendre des recherches sur la base des hypothèses formulées par les groupes de travail haïtien et dominicain ;
13. renforcer et poursuivre la coordination binationale sur la thématique des lacs et mettre à profit les connaissances et les expériences par le biais de la coopération Sud-Sud ;
14. créer un comité spécifique binational pour les lacs dans le cadre de la commission mixte.
Panos Caraïbe/Monde Rural
Autrefois village industriel Dérac, une localité de Fort-Liberté, plonge progressivement dans la famine depuis le retrait, à la fin des années 70, de la compagnie Dauphin. Une immersion au coeur d’une population souffrante de l’insuffisance alimentaire grave.

Un goitre pour lequel elle n’a jamais été diagnostiquée, Clerdona Pierre, 80 ans, s’attelle aujourd’hui encore à de petits boulots domestiques pour ne pas crever de faim. La dernière fois qu’elle a eu un revenu pour le moins stable remonte à la fin des années 70, période à laquelle la compagnie Dauphin administrée par des étrangers se retirait de la localité. Pour son 81e anniversaire le 31 décembre prochain, Clerdona Pierre n’espère pas mieux que voir son nom figuré sur une liste de 250 personnes qui recevront d’ici janvier 2012 une allocation mensuelle de la Caisse d’assistance sociale (CAS). Ce nouveau fonds d’urgence a été lancé dans le cadre du programme « Aba grangou » piloté par la première dame, Sophia Martelly.
A la sacristie de la petite église Notre-Dame des sept douleurs, ils étaient plusieurs dizaines dont des élus locaux, leaders religieux, petits commerçants, pécheurs et charbonniers qui venaient rencontrer Hérold Israël, directeur de la CAS et Megan Berwick, responsable de développement commercial de Tcho Tcho mobile, un service de transfert de fonds de la Digicel. Quelque 200 mille gourdes seront injectées mensuellement dans la localité pour venir en aide aux 250 personnes les plus vulnérables, a annoncé le directeur de la CAS. Cette aide d’urgence nécessaire aux plus démunis de Dérac rentre dans le cadre du vaste programme Aba grangou lancé par la présidence, a fait savoir le conseiller aux affaires sociales et en communication de la première dame.
« L’argent sera déposé sur un compte de la Digicel qui va mettre en place un réseau d’agents de Tcho Tcho Mobile à Dérac », a expliqué Hérold Israël qui s’adressait aux membres d’un comité constitué par les leaders communautaires pour dresser la liste des 250 personnes les plus démunies de la localité tenaillée par la misère. Un téléphone mobile sera offert à chacun des 250 bénéficiaires pour qu’ils puissent recevoir l’allocation de la CAS, a annoncé, pour sa part, Megan Berwick. Ceux qui ne sont pas capable de manier un téléphone du moins les astuces de Tcho Tcho Mobile recevront une carte de débit. Les petits commerçants de Dérac seront également intégrés dans le programme pour que les 200 000 gourdes soit dépensé ou investi dans la localité regroupant plus de 2500 foyers. « Le réseau sera constitué avant la fin de l’année pour que les bénéficiaires puissent recevoir chacun une allocation de 800 gourdes d’ici le 15 janvier 2012 », a assuré Kindar Heidegger Joseph, responsable de Tcho Tcho mobile dans le Nord.
Pour transformer Dérac en un village où il fait bon de vivre, Israël n’entend pas jouer au héros avec une modique allocation de 800 gourdes par assisté. « Penser la plaie en attendant de la cicatriser est la méthodologie appliquée par le gouvernement préoccupé par la famine qui sévit à Dérac, a-t-il expliqué. Nous ne voulons pas créer un village d’assistés, mais créer des richesses susceptibles de développement dans la zone, a lancé M. Israël. » Dans le cadre du programme Aba grangou, a dit le patron de la CAS, la première dame, Sophia Martelly, entend injecter des fonds suffisants au développement de la localité.
Développer les métiers de la pêche
Bien qu’ils soient nostalgiques de l’usine de transformation de pitres qui s’est retirée du village depuis plus de 30 ans, les habitants n’espèrent pas un retour de la compagnie Dauphin à Dérac. « Ce serait intéressant, si la présidence nous aide à développer les métiers de pêches dans le cadre du programme Aba grangou qu’elle prône », estime Berthlélus Pierre, secrétaire de Coopérative pêche de Dérac (CPC). Pour y parvenir, M. Pierre, espère obtenir des sessions de formations à l’attention des 40 membres de l’association, des bateaux et autres matériels appropriés pour passer d’une pêche archaïque à celle de la modernité, une chambre froide pour conserver les produits. « Faute de matériel approprié, nous pratiquons une pêche archaïque qui ne nous permet pas bien exploiter ce que la mer nous a offerts comme ressources », se désole le secrétaire de la CPC.
Les quarante membres de cette coopérative créée il y a neuf ans, ne doivent pas seulement surveiller la météorologie pour bourlinguer aux quatre coins de la mer, mais surtout les attaques de leurs collègues pécheurs dominicains. « Nos matériels sont souvent confisqués par des pêcheurs dominicains quand nous nous approchons de leur territoire », a expliqué Berthlélus Pierre qui n’est pas prêt à oublier les atroces violences physiques subies par certains membres de l’association par des pêcheurs dominicains. Ces derniers qui pratiquent une pêche organisé réagissent violemment quand ils voient les Haïtiens qui ne respectent pas les saisons de pêches.
Avant même l’arrivée de la compagnie Dauphin, Dérac n’a jamais été à vocation agricole, a concédé Jean-Romane Pierre, président de l’Association agricole de petits planteurs de Derac (Aappd). Depuis mars dernier, l’association exploite 4 des 120 hectares qu’elle consacre à la culture maraichers. Booster par le Mouvement des paysans de papaye (Mpp) qui leur ont offert une session de formation, les agriculteurs de l’Aappd pratiquent le système goutte-à-goutte pour les premières récoltes. « Si nous arrivons à exploiter convenablement les 120 carreaux de terres que nous disposons, Dérac sera à l’abri dans un avenir pas trop longtemps de l’insécurité alimentaire », a estimé Jean-Romane Pierre.
La santé des 2500 foyers de la localité se repose sur les épaules des deux seules auxiliaire-infirmières et d’un agent de santé engagés par le ministère de la Santé publique et de la population (Mspp). Quand les cas nous dépassent, les patients sont référés à Fort-Liberté, a expliqué Égyptienne Jean, évoquant le besoin urgent de médicaments. « A quoi ça sert de diagnostiquer un patient s’il ne peut pas avoir les médicaments nécessaires », s’interroge la principale responsable du dispensaire ? Exécuter une prescription c’est plus qu’un fardeau pour un habitant de Dérac. Un ex-employé du Programme nationale de cantine scolaire (Pncs), Wilhem Alexandre a une anecdote qui résume l’ampleur de la pauvreté dans le village : « en aout dernier, le Pncs a expérimenté un programme de cantine scolaire. Un grand nombre de personnes ne pouvait pas payer les 5 gourdes exigés pour un repas chaud. En une journée, 788 plats ont été vendus et plus d’une centaine ont été offerts gratuitement. »
Marcher deux heures de temps et traverser illégalement la ligne frontalière de la République dominicaine, parfois au prix de leur vie, la formule est connue par les jeunes de Dérac taquinés par la misère. Battus, blessés par des dominicains qui ne font pas dans la dentelle, certains reviennent à l’alma mater et s’attellent à des activités de pêches ou de fabrication de charbons de bois. Le seul projet visible, mis à part la construction sous de citée de plusieurs dizaines de maisonnettes par une ONG, est la ligne électrique conduite jusqu’au village désolé. Mais, qui va payer la facture ?

Des élèves de Fonds Verrettes qui plantent des Pins
Les écoliers de Fonds-Verrettes pensent vert et passent à l’action pour sauver ce qui peut l’être encore à Forêt-des-Pins. Le temps de la fête de l’arbre, près de mille élèves ont planté quelque huit mille plantules d’une espèce de pins endémique de l’île d’Hispaniola.
Qu’ils viennent de Boucan chatte, de Corneille, de Savane Bourrique ou de Morissette, les élèves de différentes institutions scolaires de Fonds-Verrettes et de ses environs ont montré la voie aux aînés en mettant en terre quelque huit mille arbustes de Pinus occidentalis, une espèce endémique de l’île d’Haïti. Par cette action pleine de symbolisme et porteuse de retombées bénéfiques pour l’écosystème, les jeunes marquent la fête de l’arbre célébrée chaque dernier vendredi de mai depuis 1937.
Sous une pluie fine et dans le brouillard, les jeunes bourrés de motivation se sont amusés en plantant les arbres. Pendant qu’un jeune du Lycée national de Fonds-Verrettes pioche en fredonnant une chanson de Barikad Crew, Patrick Pierre du Collège mixte le Pèlerin de Galilée met en terre l’arbuste de l’espoir. Un aîné agronome lui montre la meilleure façon de planter un arbre de ce genre. « Il faut prendre les plantules qui ont des racines bien serrées dans le compost qui les a fait germer », a affirmé un technicien. Sinon, dit-il, elles ne vont pas grandir. Les élèves suivent les instructions attentivement et les appliquent en s’amusant. Comme un essaim d’abeilles, ils couvrent l’espace envahi par une épaisse couche de brouillard. La fraîcheur amuse tous les invités. Progressivement le travail atteint sa vitesse de croisière vers onze heures quand la pluie s’invite à la fête.
Aidés par le Programme environnemental Transfrontalier (PET), une instance du ministère haïtien de l’Agriculture et du ministère dominicain de l’environnement, les élèves affichent fierté et sens du devoir dans leur travail durant toute la journée. Cela ne les empêche pas de garder encore en mémoire les dégâts causés, en 2004, dans cette commune - à l’image des Gonaïves - par les eaux en furie à cause de la dégradation accélérée de l’environnement. Les habitants de la petite localité de Chapotin sont heureux de ce nouveau pas dans la bonne direction et appellent déjà à l’aide pour surveiller ce qu’ils appellent les ennemis de la « forêt ». Il s’agit de commerçants du bois qui exploitent sans scrupules la Forêt-des-Pins.
Forêt-des-Pins constitue un grand château d’eau pour la Plaine du Cul-de-Sac et de Port-au-Prince. Ce qu’a vite compris le directeur de l’école nationale de Fonds-Verrettes, Zétrenne Julien, qui promet de rester vigilant dans cette bataille pour la reforestation. L’enseignant invite ses pairs et les élèves à ne pas abandonner les arbres comme un cadavre jeté dans la terre. Francisca Alberta Sena Pérez, représentant des autorités environnementales de la République dominicaine, comprend bien le sens du proverbe haïtien « vwasinaj se fanmi » (le voisin est de la famille). Le jeune agronome souhaite que ces genres d’activités ne se limitent pas seulement à Forêt-des-Pins, mais sur toute l’étendue du territoire haïtien afin qu’elle devienne verte comme de l’autre côté de la frontière.
« La situation est critique, certes, mais nous ne pouvons pas nous complaire dans les plaintes et l’inaction. Cessons de nous plaindre inutilement et passons à l’action », a conseillé, pour sa part, le régisseur du PET, Arnoux Séverin, qui a fait l’éloge du bois, des arbres et de la nature devant les élèves.
Dérilus Marcellus, coordonnateur du Conseil d’administration de la section communale (Casec) de Fonds-Verrettes, croit que l’avenir passe par la reforestation de cette forêt tant saccagée au fil des années. Ce n’est pas le pasteur Golds Bino Doismé qui le contredira. Le religieux, qui officie également comme journaliste d’une chaîne de télévision en terre dominicaine, espère que le suivi va assurer la pérennité du geste. « Au moment où le monde traite du réchauffement climatique, nous devons nous atteler à la recherche des meilleures solutions. Sinon, nous sommes déjà condamnés à la disparition », estime le directeur général de la mairie de Fonds-Verrettes, Ebel Mérisca, indiquant qu’il faut surtout parler de bien quand ça marche entre Haïtiens et Dominicains venus prêter main forte à cette initiative.
« Tandis qu’un arbre moyen peut produire sept kilogrammes d’oxygène par jour, un homme n’a besoin que d’un demi kilo pour vivre correctement », précise l’agronome Etienne Hérard paré de son épais bonnet en coton. Le technicien incite les habitants de Chapotin et de toute la forêt à prendre en main la reforestation de ce patrimoine naturel.
Alismé Fréderic, représentant de l’Assemblée de la section communale, demande à l’Etat de soutenir les initiatives relatives à la protection de l’environnement. Il a, par ailleurs, appelé à la mise sur pied d’une Brigade de surveillance pour préserver ce qui reste encore de cette forêt qui fournit de l’oxygène aux villes haïtiennes, dominicaines et au reste de la Caraïbe.
A quelques mètres de Chapotin se trouve le Parc national dominicain dit Sierra de Bahoruco de la chaîne du même nom, dans les limites du Massif de la Selle. Les arbustes de pins qui couvraient la zone jusqu’à Croix des Bouquets ont valu à la forêt son étendue de 32 hectares. Comme le rappelle l’ Ing-Agr Dassas Vincent, responsable de la Forêt-des-Pins pour le ministère de l’Agriculture, au fur et à mesure que les agriculteurs et les commerçants commencèrent à affluer dans la zone, le calvaire de la Forêt-des-Pins et des Haïtiens commença.
« En 1937 le président Sténio Vincent fit distribuer des parcelles de terre aux Haïtiens qui fuient le massacre de leurs compatriotes en République dominicaine. Mais en 1941, l’exploitation de la forêt par la Société américaine de développement agricole (Shada) aggrava la situation. C’est à cette époque qu’on construisit les chalets qui existent aujourd’hui encore.
Nous ne sommes pas les seuls bénéficiaires des bienfaits de la Forêt-des-Pins qui a connu des exploitations à outrance durant ces trente dernières années. Des oiseaux aussi. Ceux-ci viennent de partout, à une période précise de l’année, pour pondre au Morne la Selle. Ils repartent ensuite. On a besoin de Forêt-des-Pins autant pour l’écotourisme que pour les études scientifiques.
Interrogé sur les menaces de l’agriculture en montagne et à la Forêt-des-Pins, l’ingénieur-agronome Jean Robert Rival, coordonnateur technique du volet aménagement du PET, dit regretter que les autorités ne se soient pas impliqués assez en vue de responsabiliser les élus locaux. Selon l’agr Rival, des zones protégées devraient jouir efficacement de l’autorité des élus dans les collectivités si on s’y penche sérieusement.
Une variété de pins le Grevillea robusta, encore appelée chêne argenté, plantée le 5 mai de l’année dernière sur une étendue de 60 hectares, ont grandi pour le bonheur des élèves qui se sont également rendus sur les lieux. Ils se mesurent à la hauteur des arbres en rigolant. Et, peu après, la pluie mit fin à la journée.
Partiellement boisé, population accueillante, Peredo, un coin perdu au climat doux du département du Sud-Est, rivalise carrément la vie offerte par Marigot, la ville principale. La dégradation de l’environnement demeure le taureau à dompter par les riverains de ce village.
Debout au seuil de l’école nationale de Pérédo, Plomite Télémaque accueille avec une moue de fierté ses visiteurs arrivés de Port-au-Prince. « Vous le savez, en entrant ici, vous êtes entre de bonnes mains », lance le directeur de cet établissement scolaire fondé en 1980. Dès la fondation de cette école à statut communautaire, M. Télémaque a entrepris des démarches pour qu’elle soit nationalisée. Car, explique-t-il, les familles n’avaient pas les moyens financiers et étaient obligées d’envoyer leurs enfants jusqu’à Marigot pour avoir accès au pain de l’instruction. »
Vingt-neuf ans plus tard, cette oeuvre communautaire réalisée avec la complicité de plusieurs autres habitants de Pérédo, dont un ancien député, s’impose comme l’une des meilleures écoles fondamentales du département du Sud-Est. « Nous avons eu, cette année, un taux de réussite de 96% aux examens de fin d’études primaires », se félicite Plomite Télémaque. Cet enseignant de carrière a fait de la volonté commune manifestée par la population une seconde motivation pour améliorer le niveau de l’éducation à Pérédo. Pour y parvenir Plomite Télémaque et quelques autres enseignants ont convenu d’organiser des séances de formation à l’intention des professeurs récemment intégrés dans le système éducatif de la région. « Il est de notre devoir d’améliorer le cadre de l’enseignement dans notre patelin », affirme Rosny qui enseigne la littérature depuis une décennie à Marigot. L’inspection scolaire est faible dans tout le département, se déplore-t-il. « Il fallait quelque chose pour garantir chez nous un meilleur enseignement », s’enorgueillit l’enseignant.
Pour que l’école de Pérédo devienne une référence
Pour donner du poids à l’apprentissage, l’Association Sud-Est en action pour la reconstruction d’Haïti (SACREH) y apporte aussi sa participation. Cette association constituée de gens issus en majorité de Pérédo et de Cayes-Jacmel et évoluant dans des domaines variés à Port-au-Prince et à l’étranger collecte des fonds pour l’achat de matériels scolaires au profit des écoles de Pérédo et des zones avoisinantes. Trente-cinq écoles réparties dans les cinq sections communales de Marigot ont bénéficié d’une distribution de matériel cette année, témoigne Jacques Samedi, coordonnateur du conseil d’administration de la section communale (CASEC) de Corail Soult.
« Nous sommes de plus en plus fiers de notre patelin, dit l’élu local. Car les actes de solidarité de SACREH se font à Pérédo aussi à Corail Soult, 4e section tout comme les autres sections de la commune de Marigot qui héberge plus de 65 000 habitants. » Un comité de directeurs d’écoles est mis en place sous la direction de cette association pour plancher sur les problèmes des écoles de Pérédo, avoisinant une dizaine, et des zones y attenantes. « Les ressources étant disponibles, déclare Jean Bernard Debras, président de SACREH, nous allons à la recherche du matériel afin de faire de l’école de notre zone une référence. »
En 2006, ces professionnels du Sud-Est d’Haïti ont pris l’initiative de fonder cette association qui devient un pion sûr dans l’éducation au niveau de la zone. A côté de l’éducation, les responsables de SACREH distribuent régulièrement des kits alimentaires aux ménages les plus nécessiteux. « En dehors d’une ration alimentaire plus ou moins équilibrée, les enfants éprouvent plus de peine à apprendre », déclare M. Debras qui regrette que l’association ne possède pas encore la capacité d’intervenir au niveau de l’environnement.
Au gré des cyclones
Pérédo, qui vit de l’agriculture, a payé un lourd tribut aux cyclones de l’année dernière. Des habitations entières ont été emportées par les trombes d’eau sorties de la rivière de Marigot et des ravines creusées par les eaux des bassins versants, dont l’une passe au beau milieu du bourg. Des travaux de curage de cette rivière se font de manière expresse par le Centre national des équipements (CNE) en vue de sauver ce qui reste des terres, d’ailleurs très fertiles, de Pérédo. A l’instar des Gonaïves qui a payé un lourd tribut aux cyclones et dépressions tropicales de l’année dernière, Pérédo n’est pas encore mis cette année à l’épreuve des inondations et des rafales de vents. De quoi fait sourire la population accueillante de Peredo qui a du mal à stopper la dégradation de son environnement.